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Identité nationale et citoyenneté


Le débat Identité Nationale soulève des problématiques de jeune actifLes débats et les controverses à propos de la réflexion sur l’identité nationale semblent se calmer et c’est d’une manière plus sereine que les réflexions sur ce sujet se poursuivent. Le temps des élections est passé et cette question doit pouvoir être abordée d’une manière moins partisane aussi bien par la droite que par la gauche.
Jusque là les Jeunes Actifs ne se sont pas engagés dans ce débat tout simplement parce qu’ils considéraient qu’il ne leur ressemblait pas. Maintenant que le débat paraît recadré par le ministre il nous semble bon de donner notre avis qui se veut objectif, non partisan, dépassionné et mis en rapport avec la citoyenneté.

Que devons nous entendre au XXIe siècle par Identité nationale ? Est-ce la citoyenneté, est-ce la nationalité ou est-ce autre chose ?

De nos jours la notion même de citoyenneté évolue et de nouveaux modèles se profilent qui vont au-delà de la nationalité et j’en veux pour preuve le développement de l’idée d’une citoyenneté européenne. Ces nouveaux modèles sont-ils compatibles avec la notion d’identité nationale qui a fait l’objet de cette grande réflexion nationale qui n’a pas échappé à la critique.
Ceux qui ont contesté cette volonté de réflexion, se sont retranchés derrière le triptyque affiché sur tous nos bâtiments publics, Liberté, égalité, Fraternité. Mais, comme dirait Cyrano de Bergerac, « c’est un peut court jeune homme.» Comme l’ont montré les travaux de Mona Ouzouf, cette devise, qui s’est forgée progressivement à partir de la Révolution, n’a été adoptée comme telle qu’à la fin du XIXe siècle. Or la France n’a pas attendu cette date pour être terre d’accueil, terre d’immigration et terre d’intégration.
Il ne suffit pas de regarder ce qui s’est fait depuis la Révolution. La France a une histoire plus que millénaire et cette histoire s’inscrit elle-même dans une histoire plus large, celle de l’Europe. C’est pourquoi l’identité nationale ne peut être séparée de l’idée européenne car il est indéniable que nous avons tous, grâce à notre histoire, de nombreux éléments en commun aussi bien sur le plan culturel, politique, juridique ou autre.
Nous avons des racines propres qui pour beaucoup d’entres-elles sont aussi des racines communes et refuser de l’admettre constituerait une faute historique, culturelle et politique grave. Comme l’a dit un des plus grands sociologues du XXe siècle, Raymond Aron l’intelligence du présent repose sur la compréhension du passé.
Or, que nous apprend le passé ?
Les rapports entre étrangers et originaires d’un pays ont toujours été l’objet de questionnement et de réglementation. Dans la Rome Antique déjà, existait le statut de citoyen qui conférait, à ceux qui en bénéficiaient, des droits et des devoirs particuliers et qui, à l’inverse, imposait à ceux qui en étaient privés, c’est-à-dire aux étrangers, des incapacités. Depuis qu’elle a accueilli des étrangers sur son sol, la France a réussi à les intégrer parce qu’eux même ont fait preuve d’une grande volonté d’intégration notamment par la naturalisation.
En effet, la naturalisation n’est pas une chose récente. Elle apparaît dès l’époque de Philippe le bel c’est à dire à la charnière des XIIIe et XIVe siècles. En ce temps là, cependant, on ne devenait pas encore français mais on recevait la qualité de bourgeois, non pas au sens de classe sociale comme on l’entend aujourd’hui, mais au sens d’habitant du bourg. Cette qualité donnait droit à un certain nombre d’avantages pour l’étranger qui la recevait et, parmi eux, celui d’être traité et considéré comme originaire de la ville. Puis petit à petit, on est devenu bourgeois du royaume et, à ce titre, on obtenait les mêmes droits et les mêmes avantages que ceux qui étaient nés dans le royaume. Enfin, au fur et à mesure que l’Etat s’est construit et qu’est apparu le sentiment national, on est passé de la qualité de bourgeois du royaume à celle de français. C’est ainsi que s’est mise en place la naturalisation qui transformait un étranger en français.
L’histoire de la nationalité nous apprend que ceux qui demandaient cette naturalisation, faisaient invariablement valoir un certain nombre d’arguments : Qu’ils étaient installés depuis un certain temps dans le pays, qu’ils y avaient acquis des biens et qu’ils envisageaient d’en acquérir d’autres. Ils indiquaient aussi qu’ils s’étaient mariés dans le pays, parfois avec une française et qu’ils avaient eu des enfants. Était également mis en avant le fait qu’ils participaient aux charges de la ville et qu’ils entendaient demeurer et mourir dans le pays. Ainsi, ils témoignaient à la fois de leur désire d’adhésion au pays dont ils sollicitaient l’appartenance et de leur volonté d’intégration,
Toutes ces motivations sont loin d’être dépassées et l’actualité récente montre qu’on a tendance à y revenir. Les cours d’éducation civique qu’on veut donner de nos jours à ceux qui demandent la nationalité française ; l’exigence de leur part d’une connaissance de l’histoire, de la langue et des symboles de notre pays.
Tout cela doit servir à deux choses :
D’une part à les informer sur ce qu’est le pays dans lequel ils souhaitent s’installer et quels sont les principes qui régissent nos rapports sociaux. Ainsi, ils feront leur choix en connaissance de cause et ne pourront pas dire qu’ils ne savaient pas. D’autre part, une telle acceptation de ces informations pourrait être interprétée comme une preuve d’adhésion aux principes qui fondent notre nation.
Mais il en va d’un pays comme d’une personne. Pour être fier d’une personne et pour l’aimer, il faut avant tout que celle-ci s’aime. Or la France à trop souvent, dans un souci de complaisance et de facilité et peut être aussi croyant bien faire, mis ses valeurs entre parenthèse comme si elle en avait honte. Nous n’avons pas à avoir honte d’avoir une histoire plus que millénaire et nous n’avons pas à nous excuser d’être français (laissons les excuses à Ségolène Royal, elle le fait très bien). Ce n’est pas par le déni de soi que l’on fédère une population. Il nous faut voir grâce, à la réflexion sur l’identité nationale lancée par le Président de la République et mise en œuvre par le Ministre, quels sont les éléments qui constituent notre identité nationale et, à partir de là, en faire la promotion. Cette Identité nationale ne doit pas être envisagée dans le but d’exclure. Il ne s’agit pas de l’utiliser comme un bouclier pour se protéger d’une prétendu agression. Il faut en faire un principe d’adhésion en montrant que les valeurs qui sont notre ne sont pas honteuses car c’est par l’adhésion que l’on construit et non par l’exclusion. Notre tradition d’accueil est belle, notre volonté d’acceptation de tous est louable, mais tout cela ne doit pas conduire à une dilution de ce qui constitue notre histoire et notre identité. Celle-ci doit être promue afin de susciter l’adhésion de ceux qui veulent nous rejoindre. On doit susciter l’envie.
La France de saint Louis le roi justicier, la France de Richelieu, la France de Louis XIV, la France des Lumières, la France de la Déclaration des Droits de l’Homme, la France de la réconciliation nationale avec les réalisations napoléonienne, la France de la République, la France des arts, la France des Penseurs, la France de la charité de saint Vincent de Paul jusqu’à l’abbé Pierre et sœur Emmanuelle. Tout cela est un tout, qui ne peut être séparé, car c’est notre histoire. Rappeler à nous même et au monde ce que nous sommes, dire que nous sommes fiers d’appartenir à cette histoire et fiers d’être français et ainsi susciter la même fierté chez ceux qui nous rejoignent en leur donnant envie d’adhérer à ce modèle : voilà à quoi doit servir le débat sur l’identité nationale
C’est pourquoi, pour nous, cette identité nationale ne se résume pas à une carte d’identité. Elle consiste à se retrouver sur des principes et des valeurs communes dont certaines sont immuables et d’autres évoluent. Or pour faire cela, il n’est pas nécessaire d’avoir la nationalité française, il suffit d’aimer le pays dans lequel on est accueilli et d’être fier de ce qu’il représente et avoir la volonté de vivre ensemble.
L’identité nationale c’est, entre autre, l’identité de vue. Identité de vue dans l’engagement en faveur de son pays, l’identité de vue dans l’engagement dans le travail mais aussi au service des autres à travers la vie associative ou en faveur de telle ou telle cause. Cela est d’autant plus vrai que deux facteurs en plein développement peuvent conduire à rendre cette notion d’identité nationale dépassée. D’une part, le développement phénoménal d’Internet qui a conduit à l’apparition du concept de « village planétaire », d’autre part, la prise en compte de la nécessité d’intégrer toutes nos actions économiques et sociales dans une perspective de développement durable à l’échelon mondiale. Aujourd’hui ce principe du développement durable à travers ses trois piliers fondamentaux qui sont l’environnemental, le sociétal et l’économie, s’impose à nous. C’est donc à travers cette prise en compte que doit évoluer notre vision de l’identité nationale mais aussi de la citoyenneté car avec le développement durable nous voyons resurgir un concept qui a eu son heure de gloire : celui de citoyen du monde. Ainsi, dans le village planétaire, nous devons tous avoir un même objectif, s’engager et agir en faveur de l’intérêt du village. Cela suffit pour se retrouver et si cette question de l’identité nationale est bien menée sans arrière pensée de part et d’autre, elle peut devenir une grande entreprise de transformation de la société.
Certains de ses détracteurs présentent la question de l’identité nationale comme une question destinée à soulever des divisions et à créer des conflits. Or, l’histoire, encore une fois, nous montre que certains textes, à l’origine dérangeant et susceptible de créer des tensions ont, avec le temps, évolué en texte de rassemblement et d’apaisement. N’y a-t-il, à ce propos, comme meilleur exemple que la loi de 1905 de séparation de l’Eglise et de l’Etat qui lors de son adoption à provoqué conflits et division et qui, maintenant est revendiquée par tous. C’est pourquoi, cette question de l’Identité nationale, nous voulons et nous devons, tous autant que nous sommes, nous l’approprier.
Cette entreprise doit donc être l’affaire de tous ceux qui sont sur notre sol et qui veulent être actifs pour faire naître la société qu’ils désirent.
Mais, alors que le débat sur l’identité nationale entre dans une phase plus sereine, certains non sans arrière pensée, recommencent à agiter le chiffon rouge de la question du vote des émigrés aux élections locales. Sur ce point notre position est totalement décomplexée puisque nous considérons qu’il s’agit d’un faux problème. En effet, à partir du moment ou on l’évoque l’idée d’une citoyenneté européenne avec, éventuellement, l’idée d’un président de l’Europe élu par les citoyens, la participation des membres de la communauté européenne aux élections locales ne devrait pas poser de problème. Nos racines communes ne peuvent que nous y pousser. Pour ce qui est la participation des non européens aux scrutins locaux la question ne se pose pas car il n’y a pas encore une citoyenneté mondiale institutionnalisée. Même dans cette hypothèse une telle participation ne pourrait être envisageable que si une réciprocité sans faille était appliquée avec les mêmes règles et les mêmes garanties démocratiques dans tous les pays. Si de telles conditions étaient réalisées alors pourrions nous envisager de reconsidérer leur position.

Gilles Laborde

Président des Jeunes Actifs

Bernard d’Alteroche

Directeur des Etudes des Jeunes Actifs

 

Régis Maag, le 8 avril 2010


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